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Tahiti face à son âme :
deux projets immobiliers d’une chaîne d’hôtels de luxe
menacent un site sacré ma’ohi

(L'univers ma'ohi couvre un espace océanique vaste comme l’Amérique centrale et du Sud depuis les îles Hawaii
dans l’hémisphère Nord jusqu'à la Nouvelle-Zélande et l’île de Pâques dans l'hémisphère Sud)

Selon la conception polynésienne du monde, l’âme, après s’être séparée de ses enveloppes et coquilles temporelles, effectue un parcours précis, à l’intérieur de son mata’einaa, puis se dirige vers le promontoire de Tataa ; c’est là qu’elle se recueille, fait le bilan de son incarnation et comprend ce qu’elle a accompli. Elle se concentre alors et prend, parmi les différents voies possibles, celle qui la mènera de Te Ao ( le monde matériel, visible ) à Rohutu, Hawaiki, Te Pö (le monde immatériel, invisible).
C'est pour cela que le nom de Tataa a été attribué à ce type de lieu, taa signifiant d’une part « se séparer », « se détacher » et d’autre part « comprendre ». Ces lieux sont toujours inconstructibles, comme en témoignent certains sites de Nouvelle-Zélande et des îles Hawaii.
La pointe nord-ouest de chacune des îles de Polynésie est généralement réservée à cet usage
Sur l’île de Tahiti, le site majeur d’envol des âmes Tataa est situé sur une petite colline de la commune de  FAAA faisant face au nord-Ouest.
La protection et le respect de Tataa «  chemin  d’envol des âmes »  et de la crique voisine de Vaitupa dans la commune de FAAA mobilisent nombre d’associations de l’île de Tahiti.

Aujourd'hui la société propriétaire de l'hôtel jouxtant Tataa veut dénaturer le site, raser la colline, et y installer 40 villas de luxe.

Au bas de cette petite colline, l’hôtel de luxe  « Tahiti Beachcomber  » détenu par la société  TBSA (Tahiti Beachcomber SA ) et un fonds de pension de l’Etat de Washington, le « Washington State Investment Board » s’étale jusque sur la mer avec des bungalows pieds dans l’eau implantés sur le domaine public.

Dans une commune grevée de son accès à la mer depuis la construction sur le lagon de l’aéroport international de FAAA et de la base militaire, l’accès à la mer pour les habitants de FAAA se résume à la petite crique de Vaitupa.
Ces deux sites sont aujourd’hui menacés par deux projets immobiliers car TBSA - propriétaire de la colline où est situé Tataa - a des projets d’envergure : étêter la colline d’envol des âmes, récupérer la terre déblayée pour remblayer la crique de Vaitupa ainsi transformée en marina de luxe, et sur la colline arasée implanter quatre immeubles dotés d’appartements avec vue.

Autant dire que ces deux projets immobiliers, sans le consentement éclairé de la population et de la communauté locale ne font absolument pas l’unanimité. Plusieurs associations de protection de l’environnement, culturelles et cultuelles et du respect des droits de l’Homme ont rejoint les associations de proximité.

Les Services Techniques de l’Urbanisme ont rendu un avis défavorable concernant l’étêtage de la colline de Tataa qui  éliminerait de ce fait un tampon important contre les nuisances sonores occasionnées par le flux de l’aéroport international tout proche qui déflagreraient plus encore sur les vallées proches.
Quant aux impacts sur l’environnement marin d’un apport de terre dans la crique de Vaitupa et des mouvements des bateaux, ils sont pléthore pour les écosystèmes marins très fragiles qui ne supportent pas des variations importantes à leur milieu, sans parler bien sûr des impacts négatifs sur la population.

Les impacts socio-culturels de ces projets sont incalculables car ils devraient se compter sur plusieurs générations. La construction d’une marina de luxe à cet endroit équivaudrait à empêcher le dernier accès à la mer et à ses ressources. Il portera atteinte à la transmission des savoirs séculaires liés à l’environnement marin : vivre de la pêche, connaître le cycle des créatures marines afin de pouvoir les protéger, comprendre les cycles de la lune, ramer vers l’Océan, mais aussi tout simplement avoir une qualité de vie, se baigner, rire.

D’autant que depuis l’implantation des bungalows sur l’eau réduisant encore plus l’espace maritime public, l’hôtel interdit le passage sur la plage aux riverains et ceci  en toute illégalité...
Quant à Tataa, l’impact de sa disparition serait tout simplement inimaginable tant du point de vue culturel et cultuel que pour le respect des droits humains du peuple Ma'ohi et de sa conception du Monde. Quel devenir pour les âmes en partance ? Où iraient t’elles alors ?
Tataa et Vaitupa sont deux symboles importants qui parlent à notre âme collective également. Quel respect des espaces communautaires ? Et de l’environnement communautaire ?  Quelle liberté de choix de vie pour le devenir d’une communauté ? Quel respect des droits de l’Homme et des peuples autochtones ? 

Les associations oeuvrant pour le respect de Tataa et Vaitupa ont rencontré le promoteur pour proposer des alternatives au projet immobilier de Tahiti Beachcomber SA et du Washington Investment Board. Mais à ce jour, TBSA réagit en propriétaire et ne veut pas même voir les atouts culturels que pourrait apporter au tourisme une bonne gestion de ce site.
Pourtant le tourisme est de plus en plus demandeur de culture authentique et de sanctuaire, ce que ce site voué à la quiétude et au recueillement pourrait devenir. Des parcs similaires sont vénérés au Japon.

Si TBSA détient un titre de propriété pour le « sol » de Tataa, les fonctions « communautaires » c’est-à-dire valables pour toutes les âmes qui décident de prendre ce chemin doivent être respectées et la question posée est TBSA peut-il mettre en péril l’espace d’envol des âmes dont il n’est pas propriétaire ?

Les associations regroupées en une alliance redoublent d’attention face aux menaces que représentent ces deux projets, d’autant que le gouvernement de Tahiti très instable politiquement avec une majorité à 28/29 n’ose prononcer le classement de Tataa de peur de voir un représentant du gouvernement basculer d’un côté ou de l’autre. Il faudra donc compter sur la pression pacifique de la société civile pour la conscientisation de symboles aussi importants et respecter Vaitupa  et Tataa.
Pour ne pas perdre totalement son âme.

Mareva NETI DE MONTLUC
Représentant de la Polynésie française
à la Coordination Autochtone Francophone


  • Visiter le blog de Rohutu No’a No’a sur : www.rohutu.com

  • Signer la pétition sur : www.youchoose.net/campaign_469
 
 

Localisation du Tataa sur l'île de Tahiti.

 

Site de Tataa.

 

Vue aérienne de la commune de FAAA : les bords de la photo marquent les limites géographiques de la commune de FAAA. Commune la plus peuplée de Tahiti, son littoral et l’accès à la mer  sont  grevés en grande partie par l'aéroport international de TAHITI-FAAA. En fin de piste, la crique de VAITUPA,  avec quelques bateaux de pêcheurs et des pirogues. Sur l'autre berge de VAITUPA, le complexe hôtelier du Beachcomber et la colline de TATAA à la limite de FAAA

Vue de la mer de la colline de TATAA où aucune structure humaine n'a jamais figuré comme pour mieux souligner la fonction de chemin d'envol des âmes de ce promontoire.

Au pied de la colline, le début des bungalows du Beachcomber construits sur le lagon et les coraux, grevant l'espace de pêche des habitants de la commune de FAAA et entravant l'accès à la plage.